[DROIT PUBLIC DES AFFAIRES] Modification des prix dans les marchés publics : l’avis tant attendu du Conseil d’État

[DROIT PUBLIC DES AFFAIRES] Modification des prix dans les marchés publics : l’avis tant attendu du Conseil d’État
23/09/2022 , 11h59 Droit Public des Affaires

La hausse des matières premières a un impact significatif sur les contrats publics en cours d’exécution, ou sur le point d’être signés. Les équilibres économiques ont été fortement impactés à tous les étages et dans tous les secteurs de l’économie (alimentation, construction, énergie, etc.).

Le Gouvernement, par le biais du Premier ministre, avait d’abord réagi en publiant une circulaire n° 6338/SG du 30 mars 2022 faisant valoir le principe d’intangibilité du prix autrement dit qu’il n’était pas possible de renégocier uniquement les prix par avenant. Cette circulaire avait suscité un vent de scepticisme de la part des spécialistes de l’achat public jugeant que cette dernière ne s’appuyait sur aucun fondement textuel ou jurisprudence.

C’est dans ce contexte que le ministère de l’Économie et des Finances a saisi le Conseil d’État d’une demande d’avis sur le point de savoir si les dispositions du Code de la commande publique relative à la modification des contrats en cours d’exécution (art. R. 2194-5, R. 2194-7 et R. 2194-8) permettent de procéder à une modification d’un marché public portant uniquement sur le prix ou les tarifs sans autre modification des caractéristiques et des conditions d’exécution de la prestation dans le but de compenser d’éventuels surcoûts que le titulaire subirait. À cette question, le Conseil, dans son avis n° 405540 du 15 septembre 2022, prend le contre-pied de la circulaire précitée en répondant par l’affirmative :

“Le Conseil d’État estime, en conséquence de ce qui précède, que le caractère en principe définitif des prix des marchés ne fait pas obstacle à leur modification en application et dans le respect des dispositions citées aux points 1 et 2, dès lors que les prix ainsi modifiés respectent les dispositions citées au premier alinéa du point 3, ce dont il se déduit qu’en principe ils restent définitifs pendant toute la période d’exécution des prestations et constituent le prix de règlement, sous réserve de leur actualisation ou de leur révision prévue par le marché. Il considère également que rien n’empêche que les modifications des marchés et contrats de concession portent uniquement, en vue de compenser les surcoûts que le titulaire ou le concessionnaire subit du fait de circonstances imprévisibles, sur les prix ou les tarifs prévus au contrat ainsi que sur les modalités de leur détermination ou de leur évolution.”

Ce faisant, le Conseil d’État ouvre la possibilité aux cocontractants de réviser les clauses de prix afin de les adapter au contexte particulier de hausse des coûts des matières premières.

La DAJ a pris soin de synthétiser les conclusions de cet avis ici.

 

Crédit photo : iStock.com/ThitareeSarmkasat