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Prévoyance des agents territoriaux : une réforme majeure à anticiper avant 2029
Les décrets n° 2026-986 et n° 2026-987 du 23 octobre 2026, publiés au Journal officiel du 24 octobre 2026, viennent préciser les modalités de mise en œuvre de la protection sociale complémentaire en matière de prévoyance des agents de la fonction publique territoriale.
Pris en application de la loi n° 2025-1251 du 22 décembre 2025, ces textes organisent notamment l’adhésion obligatoire des agents à un contrat collectif de prévoyance, tout en renforçant le niveau minimal de protection en cas d’incapacité de travail et d’invalidité.
Les collectivités territoriales devront se conformer à ce nouveau dispositif au plus tard le 1er janvier 2029, une échéance qui nécessite dès à présent une anticipation contractuelle et budgétaire.
1. La généralisation des contrats collectifs de prévoyance à adhésion obligatoire
Le décret n°2026-986 du 23 octobre 2026 précise les conditions dans lesquelles les collectivités territoriales et leurs établissements publics devront souscrire un contrat collectif de prévoyance au bénéfice de leurs agents.
Cette obligation concerne les agents employés et rémunérés par un employeur territorial, notamment les fonctionnaires territoriaux, les fonctionnaires stagiaires et les agents contractuels de droit public.
Jusqu’à présent, les agents territoriaux pouvaient généralement choisir d’adhérer ou non à une couverture de prévoyance, notamment en souscrivant un contrat individuel auprès de l’assureur de leur choix.
La réforme modifie ce fonctionnement : les collectivités devront désormais proposer un contrat collectif de prévoyance auquel leurs agents seront, en principe, obligatoirement affiliés. L’objectif est ainsi de généraliser la protection des agents contre les conséquences financières d’un arrêt de travail ou d’une invalidité, tout en favorisant une mutualisation des risques.
Des dispenses d’adhésion sont néanmoins prévues pour certains agents, notamment :
- Les agents titulaires d’un contrat de travail d’une durée inférieure à 6 mois ;
- Les agents bénéficiaires d’un contrat individuel de prévoyance, couvrant a minima les risques d’incapacité de travail et d’invalidité mentionnés à l’article L.827-11 du Code général de la fonction publique, à la date d’entrée en vigueur du premier contrat collectif sélectionné par leur employeur ou, si elle est postérieure, à la date de prise de fonctions ;
- Les agents à temps non complet et les apprentis, lorsque la cotisation au contrat collectif représente au moins 10% de leur rémunération brute.
Cette réforme s’accompagne également d’une participation obligatoire de l’employeur territorial au financement du dispositif.
2. Un renforcement des garanties minimales en cas d’incapacité et d’invalidité
Le décret n°2026-987 du 23 octobre 2026 retranscrit les garanties minimales en matière de prévoyance prévues dans l’accord collectif national du 11 juillet 2023 concernant l’incapacité temporaire de travail et l’invalidité.
Il distingue les agents territoriaux affiliés à la Caisse Nationale de Retraites des Agents des Collectivités Locales (CNRACL) et ceux relevant du régime général de la sécurité sociale.
En matière d’incapacité temporaire de travail, il prévoit notamment le versement d’indemnités complémentaires permettant de garantir 90 % de la rémunération nette de référence, dans les situations et selon les modalités définies par le texte.
Cette rémunération comprend notamment le traitement indiciaire, la nouvelle bonification indiciaire et le régime indemnitaire, selon la situation statutaire de l’agent.
Il convient toutefois de préciser que cette garantie ne signifie pas que l’organisme assureur doit verser directement 90 % de la rémunération : les prestations complémentaires interviennent en tenant compte des sommes déjà versées au titre des garanties statutaires et, le cas échéant, de la Sécurité sociale.
Le décret encadre également les garanties minimales en matière d’invalidité, avec des modalités de calcul tenant compte du régime d’affiliation et de la situation de l’agent.
3. Une échéance qui impose d’anticiper les renouvellements contractuels
Le décret n°2026-986 prévoit une entrée en application progressive du dispositif.
- Lorsqu’aucune convention de participation n’est en cours à la date de publication du décret, les nouvelles dispositions s’appliqueront à compter du 1er janvier 2029.
- En revanche, lorsqu’une convention est déjà en cours, le nouveau régime s’appliquera à son échéance, sans pouvoir être reporté au-delà du 1er janvier 2029.
Cette réforme devrait donc entraîner une importante activité de mise en concurrence des organismes assureurs et de renouvellement des contrats collectifs de prévoyance.
Les collectivités devront sélectionner des contrats répondant aux nouvelles exigences réglementaires, tout en maîtrisant leur coût et en respectant les règles applicables à la commande publique.
4. Une réforme structurante pour le marché de la prévoyance collective
Au-delà du renforcement de la protection sociale des agents territoriaux, les décrets du 23 octobre 2026 annoncent une transformation importante du marché de la prévoyance collective.
La généralisation de l’adhésion obligatoire, l’harmonisation des garanties minimales et les nouvelles exigences de financement conduiront les collectivités et les organismes assureurs à revoir leurs pratiques contractuelles.
L’échéance du 1er janvier 2029 peut sembler lointaine, mais la préparation des futurs contrats doit commencer dès aujourd’hui.
Les collectivités ont intérêt à établir dès à présent un calendrier de mise en conformité, en tenant compte de la date d’échéance de leurs conventions existantes, des délais nécessaires à la préparation des consultations et des contraintes budgétaires.
Pour les assureurs et les courtiers, cette période constitue également un enjeu important de renouvellement des portefeuilles.
Il sera notamment nécessaire d’anticiper l’évolution de la sinistralité, les conséquences financières du renforcement des garanties et les modalités de tarification des contrats collectifs.
Pour les collectivités comme pour les intermédiaires d’assurance, l’enjeu sera de concilier conformité réglementaire, qualité de la couverture proposée aux agents et équilibre économique des contrats.